Ce portfolio se veut un objet de recherche et de découverte, un lieu de partage et d’échanges entre «alter» et «ego». Tous les commentaires seront donc les bienvenus, et j’en remercie par avance leurs auteurs.

«Sẽ có một ngày trên hành trình đến với những cánh đồng Abydos của Osiris dương trần tục luỵ em bỏ lại đàng sau cả những thân sơ giận thương yêu ghét...»


Chers collègues,


Après une assez longue période de tâtonnements, voici enfin le fruit de mes efforts continus.

J’ai le grand plaisir de mettre à votre disposition un e-portfolio que j’ai conçu comme outil d’accompagnement à mon auto-formation, et en tant qu’enseignante-chercheur-formateur (ou ... chercheuse-formatrice ?), ceci dans le but de favoriser des échanges et contacts avec des collègues d’ici et d’ailleurs.

J’aurais aimé un outil plus approprié (pour plus de facilité dans la conception et dans la lecture), mais je n’en ai pas trouvé. Je compte donc sur votre compréhension.

Si les jeunes collègues y trouvent quelque utilité pour leurs réflexions, ou pour alimenter et enrichir leur vécu professionnel, ce sera à ma très grande joie, et j’en serai bien honorée.

Je compte aussi sur vos remarques, suggestions et propositions (qui seront ajoutées en fin de chaque article ou en bas de la page) pour pouvoir améliorer cet outil. Vous pourriez de même me les communiquer par email (phamthi.anhnga@yahoo.fr).

Avec mes sincères remerciements,

Et Bonne Année du Buffle !


Anh Nga

lundi 8 décembre 2008

LES MARQUEURS TEMPORELS ET ASPECTUO-TEMPORELS DE LA LANGUE VIETNAMIENNE (1997)

Présenté par PHAM THI Anh Nga (DEA Langage en situation)

UNIVERSITÉ DE ROUEN
FACULTÉ DES LETTRES ET DES SCIENCES HUMAINES
DÉPARTEMENT DES SCIENCES DU LANGAGE ET DE LA COMMUNICATION
S.L. 4621 - QUESTIONS DE SYNTAXE (Laurent GOSSELIN)


Alors que le temps est reconnu comme un paramètre inhérent des verbes dans les langues indo-européennes, et que les études portant sur le temps s'y consacrent à l'analyse et à l'opposition des temps morphologiques des verbes, qu'en est-il de la langue vietnamienne? Quels peuvent être les marqueurs temporels du vietnamien? L'attribution des valeurs temporelles aux adverbes vietnamiens «đã», «đang», «sẽ»... qui, apparemment, représentent les trois dimensions du passé, du présent et du futur est-elle pertinente? Tels sont les points que je me suis proposé d'observer dans ce travail.

Pour ce, je passe en revue les traits caractéristiques du vietnamien au point de vue morpho-syntaxique, avant d'aborder l'étude du temps linguistique et de ses marqueurs en cette langue.


L'une des caractéristiques fort étonnantes de la langue vietnamienne contemporaine, par rapport aux autres langues orientales, c'est qu'elle utilise, comme le français et d'autres langues occidentales, l'alphabet latin, avec toutefois «une multitude de signes diacritiques plus déroutants les uns que les autres» (A.DAUPHIN 1993: 65). En fait, le Vietnam a pu conserver, malgré maints événements qui ont traversé son histoire, une unité et une autonomie linguistiques, à savoir sa langue nationale, le quốc ngữ, avec ses variantes dialectales et ses emprunts à d'autres langues, et en adoptant cette écriture romanisée importée par les missionnaires français, portugais, italiens et espagnols entre 1620 et 1659, écriture qui rend beaucoup plus aisée l'acquisition de la langue que les idiogrammes chinois.

Pour ce qui est des traits les plus représentatifs du vietnamien du point de vue morpho-syntaxique, on peut citer:


Alors que le «mot» reste un concept de base pour la description des langues indo-européennes, les linguistes vietnamiens ont du mal à définir le mot vietnamien, l'unité de base étant ce que les grammairiens appelaient «tiếng» (unité phonique) et «chữ» (unité graphique), entité linguistique revêtant une forme et réduite à une syllabe, et qui pourrait être traduite en français par morphosyllabème (A.DAUPHIN, 1993: 66). Le mot, tel qu'on le conçoit dans les langues européennes, peut être en vietnamien d'une ou de plus d'une syllabe, mais le «mot graphique» est toujours monosyllabique: ainsi les mots «ngữ pháp» (grammaire) et «cú pháp» (syntaxe) se composent chacune de deux syllabes écrites séparément. Comme dans toute langue isolante, chaque concept peut se limiter en vietnamien à une syllabe invariable composée a priori d'un noyau vocalique susceptible d'être précédé et / ou suivi d'une consonne. Dans «pháp» par exemple, «á» constitue le noyau vocalique, «ph» la consonne initiale et «p» la consonne finale (le vietnamien est une langue à syllabation fermée).

Le mot vietnamien, que ce soit un nom, un verbe ou un adjectif, reste toujours invariable. Ainsi, les marques du genre, du nombre, de la personne... du français n'ont pas d'équivalence dans la langue vietnamienne. On dirait «một tờ giấy» (une feuille de papier) et «nhiều tờ giấy» (plusieurs feuilles de papier) sans que «tờ giấy» (feuille de papier) subisse le moindre changement de forme; «sinh viên» (étudiant) peut désigner aussi bien un étudiant qu'une étudiante, et pour plus de précision, on dirait «nam sinh viên» ou «nữ sinh viên», «nam» et «nữ» étant eux-mêmes des mots qui signifient «masculin» et «féminin»; quant aux verbes, ils ne se conjuguent jamais: «tôi hát» (moi-chanter), «chúng tôi hát» (PLUR moi ou nous-chanter), «nó hát» (lui ou elle-chanter)...



- Les combinaisons des mots vietnamiens à l'intérieur d'un syntagme ou d'une phrase se font normalement suivant la règle de la détermination. C'est l'élément qui suit qui détermine l'élément qui précède

Cậu tôi (oncle-moi): mon oncle
Nhà cậu tôi (maison-oncle-moi): la maison de mon oncle

- La phrase vietnamienne est aussi caractérisée par une indétermination, un manque de précision, dus à un mode d'expression courant chez les Vietnamiens (omission courante du sujet, par exemple) qui laissent à l'interlocuteur le soin de compléter leur pensée (LÊ VĂN LÝ 1988: 75):

Nghĩ cho cùng cũng do số mạng.
(réfléchir-jusqu'à-bout - aussi-à cause de- destin)
= Si nous réfléchissons jusqu'au bout (ou : en fin de compte), (nous verrons que) c'est à cause du destin.

Tối rồi.
(nuit-déjà)
= Il fait déjà nuit. Il est tard.

Có tiền cũng chẳng làm gì được.
(avoir-argent-aussi-ne pas-faire-quoi-gagner)
= Même si on avait de l'argent, on ne pourrait rien faire.

- Alors que la phrase passive est d'usage courant en français, elle prendra en vietnamien cette forme:

Nó được bạn bè thương.
(lui - être,gagner - amis - aimer)
= Il est aimé de ses amis.

- Le vietnamien a tendance à utiliser davantage de verbes que le français; alors qu'en français on a les deux formes «avant de partir» et «avant le départ», le vietnamien n'en connaît qu'une, «trước khi đi» (avant-moment-partir). Ou encore:

Tôi nhớ lời mẹ dặn.
(moi-penser à-parole-mère-recommander)
= Je pense aux recommandations de ma mère.

Tôi muốn ghi hết những lời thầy giảng.
(moi-vouloir-noter-tout- les - parole-professeur-expliquer)
= Je voudrais noter toutes les explications du professeur.


L'invariabilité des mots vietnamiens fait que leur fonction à l'intérieur d'une phrase (sujet ou prédicat) et la catégorie grammaticale (nom, verbe, adjectif...) sont étroitement liées à la place qu'ils occupent dans la phrase en question.

Ainsi l'ordre S + V + Compl. est de loi, même dans les phrases interrogatives:

Bố mẹ yêu tôi lắm. / Tôi yêu họ lắm.
(père-mère-aimer-moi-beaucoup) / (moi-aimer-eux-beaucoup)
= Mes parents m'aiment beaucoup. / = Je les aime beaucoup.
(tôi: COD) / (tôi: sujet)

Ai gọi đấy? / Gọi ai đấy?
(qui-appeler-là) / (appeler-qui-là)
= Qui est-ce qui appelle? / = Qui est-ce que tu appelles?
(ai: sujet) / (ai: COD)

Alors qu'en français, les critères formels peuvent aider à distinguer un nom d'un verbe, il n'en est pas le cas pour le mot vietnamien qui reste invariable: «gói» peut être un nom (= paquet) ou un verbe (= empaqueter) suivant le contexte, de même «xách» est un verbe dans le premier cas et un nom dans le deuxième cas:

xách cặp đi học / xách du lịch
(porter-cartable-aller-étudier) / (sac-voyage)
= aller à l'école avec son cartable / = sac de voyage

Notons que la présence d'un classificateur (qui est d'ailleurs facultatif) permet de reconnaître un nom: «(cái) xách», «cái» étant un classificateur.


La distinction entre adjectifs et verbes a toujours été un sujet de débat fructueux entre linguistes vietnamiens. En fait, on ne peut calquer la détermination des adjectifs et des verbes du français à la description des unités linguistiques du vietnamien, comme le faisaient d'ailleurs les grammairiens de l'époque sur le modèle de la grammaire française.

La phrase vietnamienne se construit le plus souvent avec une copule vide, dans le cas où l'adjectif est le noyau du syntagme verbal:

Phim ấy hay thật nhưng hơi buồn.
(film-là - Ø - beau-vrai - mais - un peu-triste)
= Ce film est vraiment beau mais il est un peu triste.

Tôi lo quá.
(moi -Ø- inquiet-trop)
= Je suis trop inquiet (inquiète).

La tendance actuellement généralisée est de regrouper dans une même catégorie verbes et adjectifs du vietnamien, avec toutefois les deux sous-catégories de verbes et d'adjectifs; pourtant la distinction entre adjectifs et verbes semble peu pertinent pour certains linguistes qui la renoncent au profit d'une typologie sémantico-syntaxique de ces deux catégories réunies (verbes et adjectifs), où se distinguent différents types de procès: activités, parcours, états, attitudes... (NGUYỄN THỊ QUY 1995: 47-49).


Tout en laissant de côté le temps cosmique et le temps vécu, je me propose d'observer comment se manifeste le temps dans et par la langue vietnamienne.


Alors que dans les langues indo-européennes, les verbes se conjuguent et offrent plus de trois temps morphologiques (pour exprimer le passé, le français en possède cinq, sans compter les formes surcomposées), les verbes vietnamiens ne se conjuguent pas. Invariable, le verbe garde toujours la même forme. D'où l'impossibilité de parler du temps verbal comme marqueur interne (inhérent au verbe).

Pour situer dans le temps un procès, on est obligé dans cette langue d'avoir recours à des moyens externes, c'est-à-dire des marqueurs extérieurs au verbe tels que «hôm qua» (hier), «sau này» (dans l'avenir)... pour le temps absolu, et «trước đó» (avant ça), «sau khi» (après)... pour le temps relatif. Il s'agit en fait des éléments appelés «compléments circonstanciels de temps» par la grammaire traditionnelle. Une fois mentionnés, les marqueurs du temps absolu suffisent pour localiser tous les procès du même contexte.

Tôi bảo vệ DEA tháng trước. Tôi hơi sợ nhưng mọi việc diễn ra tốt đẹp.
(moi-Ø-soutenir-DEA-mois-avant) (moi-Ø-un peu-inquiet-mais-tout-fait-Ø-se dérouler-bien-beau)
= J'ai soutenu mon DEA le mois dernier. J'étais un peu inquiet (inquiète) mais tout s'est bien passé.



A côté des termes «quá khứ» (passé), «hiện tại» (présent), «tương lai» (futur ou avenir) qui représentent à la fois des notions de base de l'organisation du temps en général et celles du temps linguistique (déictique), le vietnamien offre, tout comme d'autres langues, un inventaire de marqueurs circonstanciels qui permettent de situer un procès dans le temps:

- par rapport au moment de l'énonciation, des circonstanciels de localisation temporelle déictique: «hôm qua» (hier), «ngày nay» (aujourd'hui), «ngày mai» (demain), «ngày mốt» (après-demain), «trước kia» (avant, jadis), «hiện giờ» (à présent), «sau này» (dans l'avenir)...

- par rapport à un autre procès, des circonstanciels temporels anaphoriques: «trước» (avant), «sau» (après), «trước khi» (avant de), «sau khi» (après), «trước đó» (avant ça), «sau đó» (après ça)...

Hôm qua tôi không nhận thư nó.
( hier - moi -non - recevoir-lettre-lui)
= Hier je n'ai pas reçu sa lettre.

Trước giờ ăn...
(avant-heure-manger)
= Avant le repas...

Trước khi đi nhớ ghé nhà tôi.
(avant de-partir-penser-passer-maison-moi)
= Avant de partir, pense à passer chez moi.


D'après Nguyễn Thị Quy (1995:169), «les circonstanciels temporels du vietnamien sont toujours des syntagmes nominaux, introduits ou non par un actant marquant le cas (une ‘’préposition’’)». Ces syntagmes nominaux ont comme noyau un nom désignant le temps: khi (moment), lúc (instant), dạo (époque), giây (seconde), phút (minute), giờ (heure), hôm (jour), ngày (jour), đêm (nuit), tuần (semaine), tháng (mois), quý (trimestre), mùa (saison), năm (année), thập kỷ (décennie), thế kỷ (siècle), thời (temps), đời (vie), kiếp (vie)... , précédé ou non d'une préposition telle từ (depuis), vào (à), đến (jusqu'à), trong (en, pendant), trước (avant), sau (après) et éventuellement suivi d'une construction SUJET + PREDICAT.

Nó ra đi từ lúc trời còn tối
(il ou elle-sortir-partir-depuis-instant-ciel-encore-nuit)
= Il (elle) est parti(e) depuis qu'il faisait encore nuit.

Cuốn sách này tôi mua năm ngoái.
(volume-livre-voici-moi-acheter-année-retourner)
= Ce livre, je l'ai acheté l'année dernière.

Notons que ces constructions à base nominale reprennent certains des circonstanciels temporels (2.2.1.) sans les regrouper tous.

Dans ces constructions nominales les noms désignant le temps peuvent aussi être associés à des quantitatifs mỗi (chaque), một (un), những (des).

Mỗi khi đi ngang nàng đều thấy xúc động.
(chaque-moment-aller-devant-femme-également-voir - ému)
= Chaque fois qu'elle passe devant, elle se sent émue.


a) Plus associés aux verbes et aux adjectifs sont des adverbes servant à exprimer le temps (relatif ou absolu), dont les plus courants sont «đã», «đang», «sẽ», souvent reconnus comme représentant le passé, le présent et le futur:

Chúng ta đã chiến đấu, đang chiến đấu và sẽ mãi chiến đấu.
( nous - DA - lutter - DANG- lutter - et -SE-toujours- lutter)
= Nous avons lutté, nous luttons et nous lutterons toujours.

Hôm qua tôi không nhận thư nó nhưng trước đó nó đã điện thoại cho tôi.
( hier - moi - non - recevoir-lettre-lui- mais- avant ça-lui-DA-téléphoner -à-moi)
= Hier je n'ai pas reçu sa lettre mais il m'avait téléphoné.

b) Pourtant, on ne peut considérer «đã», «đang», «sẽ» comme adverbes de temps marquant respectivement le passé, le présent et le futur, comme le montrent les exemples suivants, où on peut noter l'absence de ces adverbes:

Tôi sinh đầu năm thân.
(moi-Ø-naître -début-année-singe)
= Je suis né(e) au début de l'année du Singe.

Tôi học ở đại học Rouen.
(inoi-Ø-étudier-à-université-Rouen)
= Je fais mes études à l'Université de Rouen.

Có lẽ mai trời mưa.
(peut-être - demain- ciel-Ø-pleuvoir)
= Demain il va peut-être pleuvoir.

D'autre part, il est des cas où «đang» (reconnu comme indice du présent) correspond à un procès du passé, et «đã» (reconnu comme indice du passé) est lié à un procès du présent:

Mới tháng trước, cây cối còn đang xanh, mà nay đã vàng rực.
(seulement-mois-avant-arbres-encore-DANG-vert-mais-maintenant-DA-jaune­éclatant)
= Il y a un mois seulement, les arbres étaient encore verts, mais à présent ils sont déjà d'un jaune éclatant.

De même:

Đã sắp đến ngày đi.
(DA-bientôt-arriver-date-départ)
= Ce sera bientôt le jour de départ.

Chúng tôi vừa đang định tìm anh. [1]
(nous - venir de-DANG-avoir l'intention-chercher-grand frère)
= Nous avions justement l'intention de te chercher.

C'est en analysant ces limites dans l'expression du temps des adverbes «đã», «đang», «sẽ» que Nguyễn Kim Thản en arrive à cette conclusion: «le temps n'est pas une catégorie grammaticale inhérente du verbe vietnamien , đã, đang, sẽ, vừa, mới... sont des mots exprimant l'aspect-temps, c'est-à-dire le déroulement ou l'accomplissement dans le temps» (1977: 178).

c) Nguyễn Kim Thản propose ainsi une classification des adverbes aspectuo-temporels:

- «sắp», «sẽ», «vẫn», «lại»... exprimant le futur ou le prolongement du procès jusqu'à un moment du futur

- «vừa», «mới», «đã», «đã từng», «đang» exprimant le passé et le réel (ce qui commence dans le passé et qui se prolonge jusqu'au moment de l'énonciation).

Un essai de traduction en français de ces adverbes (empruntée à PHAN CẢNH, Dictionnaire Vietnamien-Français, 1995) ne peut expliciter toute leur valeur mais aidera à la compréhension de chacun d'eux:

sắp: sur le point de
sẽ: mot qui marque le futur ; nó sẽ ăn: il mangera
vẫn: encore, toujours
lại: de nouveau
vừa, mới, vừa mới: venir de
đã; déjà ; đã xong: c'est fait
đang: pendant, en train de , đang ăn: en train de manger

Ce petit texte permet de contextualiser ces adverbes: «Trời sắp tối. Tôi vẫn ngồi ngoài vườn. Lại thêm một ngày nữa không có tin nhà. Có phải ai vừa (mới) gọi tên tôi?»

Trời sắp tối.
(ciel-sur le point de-nuit)
= Il va bientôt faire nuit.

Tôi vẫn ngồi ngoài vườn.
(moi-toujours-assis-dehors-jardin)
= Je suis toujours assis(e) dans le jardin.

Lại thêm một ngày nữa không có tin nhà.
(de nouveau-ajouter- un -jour-encore-ne pas-avoir-nouvelles-maison)
= Ça fait un jour de plus que je suis sans nouvelles de chez-moi.

Có phải ai vừa (mới) gọi tên tôi?
(avoir-oui -qui- venir de -appeler-nom -moi)
= Est-ce quelqu'un vient de m'appeler?

Pour Hoàng văn Thung (1994:36), ces mêmes adverbes marquent des valeurs modales: le réel ou l'irréel. Le réel est représenté par «đã», «đang», «mới», «vừa»..., l'irréel par «sẽ», «sắp». Ces valeurs modales sont liées au temps: le réel pour le passé et le présent, et l'irréel pour le futur.

Nguyễn thị Quy (1995:51-54) y ajoute «đã rồi» et «rồi», marqueurs anaphoriques et synomymes de «đã». Ces éléments se disposent suivant cet ordre dans la phase:

Tôi đã ăn sáng. (moi-DA-manger-matin)
Tôi ăn sáng rồi. (moi-manger-matin-ROI)
Tôi đã ăn sáng rồi. (moi-DA-manger-matin-RÔI)
= J'ai pris mon petit déjeuner.

d) Emploi des adverbes aspectuo-temporels.

Nguyễn Kim Thản cite ces cas où l'emploi des adverbes aspectuo-temporels est obligatoire et ceux où il est impossible (1977: 180-184):

* Emploi obligatoire:

+ Quand il s'agit de positionner un procès par rapport au moment de l'énonciation ou par rapport à un autre procès:

Lúc tôi đến đây thì trời đã vào thu.
(moment-moi-venir-ici-alors-ciel-DA-entrer-automne)
= Quand je suis venu(e) c'était déjà l'automne.

Tôi đang ngủ thì trời đổ mưa.
(moi-DANG-dormir-alors-ciel-verser-pluie)
= Je dormais lorsqu'il s'est mis à pleuvoir.

Anh sẽ hiểu.
(grand frère-SE-comprendre)
= Tu comprendras.

+ Pour répondre à une question portant sur l'aspect-temps:

Anh đã gửi thư (hay) chưa? - Đã.
(grand frère-DA-envoyer-lettre-(ou)-pas encore) - (DA)
= Tu as envoyé la lettre? - Oui.

Lan mua cuốn sách ấy khi nào? - Em mới mua.
(Lan-acheter-volume-livre-là-moment-quel) - (Petite sœur-venir de-acheter)
= Quand as-tu acheté ce livre, Lan? - Récemment.

+ si la non-présence de l'adverbe aspectuo-temporel entraîne un changement de sens:

Họ đi đã xa. / Họ đi xa.
(eux-aller-DA-loin) / (eux-aller-loin)
= Ils (elles) sont déjà loin. / = Ils vont loin.


Tôi đi Pháp đã hơn chín tháng. / Tôi đi Pháp hơn chín tháng.
(moi-aller-France-DA-plus-neuf-mois) / (moi-aller-France-plus-neuf-mois)
= Je suis parti(e) en France il y a plus de neuf mois. / = Je suis parti(e) en France pour plus de neuf mois.

* Emploi impossible:

+ dans les phrases impératives:

Ăn nhanh đi.
(manger-vite- di) (đi: morphème impératif)
= Mange vite.

+ dans la narration ou lorsqu'il s'agit des procès considérés comme perpétuellement vrais:

Tiếng nước róc rách.
(bruit -eau-Ø-clapoter)
= Les eaux clapotent.

Mùa đông xứ này bao giờ cũng xám xịt.
(saison-hiver-pays-voici- quand - aussi - Ø- gris)
= L'hiver dans ce pays est toujours très gris.

+ quand le verbe en question ne tient pas le rôle de prédicat:

Anh ăn cơm tây có quen không?
(grand frère-Ø-manger-riz-occident-avoir-habitude -non)
= As-tu l'habitude de manger à la française?

Tôi đến đây để thăm bạn bè.
(moi-venir-ici-pour-Ø-rendre visite-amis)
= Je suis venu(e) ici pour rendre visite aux amis.


Le vietnamien offre un cas particulier où l'ordre même des éléments d'une phrase interrogative implique une valeur temporelle. Nous nous contenterons de le signaler sans en faire d'analyse. Comparons:

Ngày nào chị đi?
(jour-quel-grande sœur-partir)
= Quel jour partiras-tu?

Chị đi ngày nào?
(grande sœur-partir-jour-quel)
= Quel jour es-tu partie?

De même:

Tháng mấy anh ra Hà Nội?
(mois-combien-grand frère-sortir-Hanoi)
= En quel mois iras-tu à Hanoi?

Anh ra Hà Nội tháng mấy?
(grand frère-sortir-Hanoi -mois- combien)
= En quel mois es-tu allé à Hanoi?

Khi nào anh gặp lại chị ấy?
(moment-quel-grand frère-rencontrer-de nouveau-grande sœur-là)
= Quand la reverras-tu?

Anh gặp lại chị ấy khi nào?
(grand frère-rencontrer-de nouveau-grande sœur-là-moment-quel)
= Quand l'as tu revue?

Ainsi, les mots interrogatifs à valeur temporelle sont mis au début de la phrase s'il s'agit d'un procès du futur, et en fin de phrase dans le cas d'un procès du passé.

Pourtant, il existe des cas exceptionnels. Alors qu'on peut très bien poser comme question:

Anh học ở đây năm nào?
(grand frère-étudier-à- ici- année-quel)
= Tu as fait tes études ici en quelle année?

on ne peut pas dire

* Năm nào anh học ở đây?

et la question devrait prendre cette forme

Anh sẽ học ở đây năm nào?
(grand frère-SE-étudier-à- ici -année -quel)
= En quelle année feras-tu tes études ici?


Dans cette partie j'essaie de repérer les différents marqueurs du temps et de l'aspect qu'offre le texte de «Roissy-Minh-ville», théâtre bilingue de Philippe Crubézy (Le Bruit des Autres, Solignac, 1996). Le français et le vietnamien se trouvent alternés dans les scènes, mais le texte a été écrit a priori en français, et seules les paroles qui vont être dites en vietnamien sont traduites et présentées dans les deux langues. Les traductions, en vietnamien, sont de Phan Huy Đường.

Remarques:

(1) - hồi ấy (période-là): en ce temps-là
(2) - xưa kia (ancien-là): autrefois
(3) - chờ Loan chùi xe xong (attendre-Loan-nettoyer-véhicule-finir): attends que j'aie fini de nettoyer ma véhicule, et ... Il s'agit là de marqueurs plutôt lexicaux.
(4) - Construction particulière du vietnamien où le «sẽ» se trouve répété. La phrase vietnamienne équivaut plutôt à: «Viendra le jour où ils nous inventeront le cassoulet laqué». J'ai pourtant hésité entre un futur aoristique et un présent prospectif pour ce cas ( ! ).


Conclusion

Loin de mener une étude exhaustive des marqueurs temporels et aspectuo-temporels de la langue vietnamienne, ce travail ne vise qu'à en faire une présentation sommaire, tout en offrant éventuellement un regard contrastif avec le français. Dans le cadre de ce travail, il me semblerait trop ambitieux d'affronter dans son intégralité un aspect des plus épineux de la syntaxe vietnamienne qu'est l'expression du temps, domaine dans lequel les linguistes vietnamiens n'ont pas donné leur dernier mot. Comme nous a affirmé notre éminent linguiste Nguyễn Kim Thản, «tous vents et vagues, tous typhons ne valent pas la grammaire vietnamienne», chaque linguiste vietnamien se contente (un peu trop!) de sa terminologie, de sa vision et de sa description de la langue, et malheureusement les plus grands noms ne se retrouvent presque jamais. Reste aux profanes courageux de ne pas trop s'y perdre, tel qu'enseigne un proverbe vietnamien:

Trâu bò húc nhau ruồi muỗi chết.
(buffle-bœuf-pousser de la corne-réciproquement-mouche-moustique-mourir)
= Quand les plus grands sont en conflit, ce sont les plus petits qui périssent.





Notes:
[1] anh (grand frère), chị (grande sœur), em (petit frère, petite sœur)...: appellatifs ou formes d'adresse du vietnamien


OUVRAGES ET ARTICLES CONSULTÉS

BONNOTTE I....... 1993, «Rôle des types de procès et du co-texte dans l'emploi des formes verbales de la narration. Étude de productions d'adultes en français, en castillan et en basque» in LANGUE FRANÇAISE n° 97, Larousse, pp 81-101.
BÙI ĐỨC TỊNH, Văn phạm Việt Nam [Grammaire vietnamienne], Ed. de la Culture, Hanoi, 435 p.
CAO XUÂN HẠO, 1995, «Dạy tiếng Việt cho người nước ngoài: hòn đá thử vàng của cách nghiên cứu và miêu tả tiếng Việt» [L'enseignement du vietnamien aux étrangers: la pierre de touche pour l'étude et la description de la langue vietnamienne] in Tiếng Việt như một ngoại ngữ [Le vietnamien langue étrangère], Ed. de l'Education, Hochiminh-ville, pp 59-61.
DAVIET-TAYLOR F., 1993, «L'incarnation du temps dans la chose et le verbe : F.W.J.Schelling et Gustave Guillaume» in HISTOIRE EPISTEMOLOGIE LANGAGE 15/11, PUV Saint Denis, Paris, pp 125­-136.
DAUPHIN A., 1993, «La langue et l'écriture» in RUSCIO A.(Dir.), VIETNAM - l'histoire, la terre, les hommes, L'Harmattan, Paris, pp 65-67.
GOSSELIN L., 1996, Sémantique de la temporalité en français. Un modèle calculatoire et cognitif du temps et de l'aspect, Champs linguistiques, Duculot, Belgique, 290 p.
GOSSELIN L., «Questions de Syntaxe - Temps, aspect, modalité», Cours de Maîtrise Sciences du Langage, année 1996-1997, Université de Rouen.
GUERON, 1993, «Sur la syntaxe du temps» in LANGUE FRANÇAISE n° 100, Larousse, pp 102-122.
HOÀNG VĂN THUNG, 1994, Ngữ pháp tiếng Việt [Grammaire vietnamienne], ENS de Hanoi, 171 p.
LÊ THỊ MINH HẰNG, 1995, «Những điểm cần lưu ý khi dạy tiếng Việt cho học viên nói tiếng Anh» [Des précautions à prendre dans l'enseignement du vietnamien aux apprenants anglophones] in Tiếng Việt như một ngoại ngữ Le vietnamien langue étrangère], Ed. de l'Education, Hochiminh-ville, pp 184-190.
LÊ VĂN LÝ, 1988, Le parler vietnamien - Syntaxe, Sud-Est Asie, Paris, 82 p.
NGUYỄN LAI, 1995, «Đôi điều suy nghĩ trong việc dạy tiếng Việt cho người nước ngoài» [Quelques réflexions dans l'enseignement du vietnamien aux étrangers] in Tiếng Việt như một ngoại ngữ [Le vietnamien langue étrangère], Ed. de l'Education, Hochiminh-ville, pp 223-227.
NGUYỄN KIM THẢN, 1977, Động từ trong tiếng Việt [Le verbe en vietnamien], Ed. des Sciences Sociales, Hanoi, 269 p.
NGUYỄN THỊ QUY, 1995, Vị từ hành động tiếng Việt và các tham tố của nó (so sánh với tiếng Nga và tiếng Anh) [Le syntagme verbal en vietnamien et ses paramètres (étude contrastive avec le russe et l'anglais)], Ed. des Sciences Sociales, Hanoi, 238 p.
PHAN CẢNH, 1995, Dictionnaire Vietnamien-Français, Ed. Danang, 500 p.
TRẦN NGỌC THÊM, 1996, Cơ sở văn hoá Việt Nam [Éléments de base de la culture vietnamienne], Université de Hochiminh-ville, 381 p.
VINET M.-T., 1993, «L'aspect et la copule vide dans la grammaire des titres» in LANGUE FRANÇAISE n° 100, Larousse, pp 83-101.
VŨ THỊ NGÂN, 1985, «Temps, aspect et modalité en vietnamien: contribution à l'étude du marqueur DA» in BULAG (Bulletin de Linguistique générale et appliquée), n° 12, Université de Besançon, pp 7-32.

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Le 18 / 8 / 97

Chère Pham thi Anh Nga,

Un petit mot pour vous dire que j’ai trouvé votre travail remarquable. Je vous ai mis la note de 18,5 / 20.

Bonne fin de séjour en France. J’espère que nous pourrons nous revoir au début septembre.

Laurent Gosselin



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  1. Chị cho em post lại bài này bên vietnamhoc.multiply.com. Bên đó cũng đã có một post của anh Nguyễn Hoàng Trung về đề tài tương tự. Đặng Thái Minh

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Jeanne d'Arc 1960-1973

Jeanne d'Arc 1960-1973
classes de 7e et 8e

classe de 4e

ENS de Hue 1973-1977

ENS de Hue 1973-1977
4e année

Université de Rouen 1996-1997

Université de Rouen 1996-1997
salle de documentation DESCILAC - le 9 janvier 1997

dernier cours de méthodologie 1997

Université de Rouen 1999-2000

Université de Rouen 1999-2000
soutenance de thèse

avec Anh Hai

... et les copains copines

ENS de Hue 2003-2004

ENS de Hue 2003-2004

Université d'Hélouan - Égypte 2004

Université d'Hélouan - Égypte 2004

Bangkok 2006

Bangkok 2006

ESLE de Hue 2006-2007

ESLE de Hue 2006-2007

Siem Reap 2007

Siem Reap 2007
anciens Rouennais

chez Minh 2008

chez Minh 2008

Pagode Từ Lâm (Hué) 2008

Pagode Từ Lâm (Hué) 2008

Vientiane 2008

Vientiane 2008
Avenue Lane Xang

Université Nationale du Laos

Bình Châu (Bà Rịa-Vũng Tàu) 2008

Bình Châu (Bà Rịa-Vũng Tàu) 2008

đăng quang 2008

đăng quang 2008

kỷ sửu 2009

kỷ sửu 2009
đền huyền trân

trúc lâm thiền viện

chez phan thuận an 2009

chez phan thuận an 2009

dans le soleil et dans le vent

thả thơ 2009

thả thơ 2009
trên sông Hương

tiến vào chung kết

Fai Fo 2009

Fai Fo 2009

canh dần 2010

canh dần 2010
chùa Từ Lâm

phật tử Quảng Viên

phật tử Quảng Viên
chùa Tịnh Giác

Huý nhật lần 7 của em Minh (5.10.2011 - 9.9 ÂL)

Huý nhật lần 7 của em Minh (5.10.2011 - 9.9 ÂL)
Nam-Nga Tuấn-Hà Phượng Chôm Bư Nin Hề + Tùng Tú